Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

17juin/110

J’aurais aimé…

J'aurais aimé t'offrir ma jeunesse, la fraîcheur de ma peau dorée après les mois d'été, mes innocences et mes ignorances... J'aurais choisi une robe de lin blanc pour t'épouser dans une petite chapelle perdue au milieu des champs... J'aurais voulu qu'avec l'insouciance nous soit très vite venu un enfant... J'aurais rêvé qu'on s'installe dans une grande maison qu'on aurait habillée de bonheur et d'éclats de rire... Nous l'aurions meublée de projets et remplie de jolis souvenirs...

La vie a eut pour nous d'autres desseins... Il nous aura fallut des années et bien des chagrins pour qu'enfin elle fasse se croiser nos chemins... Sans rien renier du passé qui nous a façonné, sans regretter nos  premiers émois, nos amours ou nos désillusions, voilà qu'à nouveau nous nous inventons un tendre et même avenir. Comme à vingt ans rien ne nous semble impossible... Comme à vingt ans nos coeurs battent la chamade et nos corps se conjuguent... Si l'âge, sans doute, laisse sur nos visages la trace de son passage, si au fil du temps il n'a pas cessé d'y dessiner notre histoire, il n'a pas oublié non plus d'y laisser l'empreinte de nos rêves les plus fous, ni celle, radieuse, d'y croire à nouveau.

Les automnes ne sont pas moins ardents, regardez comme en Septembre la nature flamboie ! Ne souriez pas jeunes gens, il vous apparaitra un jour, à vous aussi, combien l'Amour a le pouvoir de relever les plus las, d'alléger les tristesses, d'illuminer certains crépuscules...

A tous ceux qui s'aiment, pour un jour, un an ou une vie... Pour ceux qui trébuchent, se relèvent et recommencent...

30jan/100

60 ans…

27 Novembre 2009

Soixante ans... C'est l'âge que tu aurais aujourd'hui...

Combien sont-ils ceux qui peuvent les fêter en regardant paisiblement en arrière sans rien regretter ?

Combien contemplent leur passé avec indulgence et par la pensée refont le chemin à l'envers sans avoir ni remords ni mélancolie ?

Toutes ces années  pour construire un présent serein ?...

Ne pas se sentir vieux pourtant, avoir d'autres projets encore, et plus facilement se laisser aller à des rêves insensés puisque c'est maintenant qu'il faut les réaliser avant de n'en garder que des regrets.

Jamais tu ne seras sexagénaire...

21jan/100

L’été indien…

Elle préfère ne pas lui donner d'âge, ça la vieillirait davantage...

Il se dégage de sa jeunesse une élégance rare.

Elle s'étonne de la simplicité avec laquelle il s'adresse à elle, comme s'il ne s'était pas aperçu du nombre d'étés qu'elle avait déjà traversé...

Elle pense à lui sur la pointe des pieds pour ne pas risquer de briser cette fragile complicité...

Il ne se passe entre eux rien que la lucidité ne puisse envisager, mais elle frissonne quand il la regarde, honteuse de ce désir d'un autre âge...

Étonnée d'avoir déjà tant vécu, naufragée d'une génération fanée, elle n'en finit pas de peser les années qui l'espace d'une nuit compteraient double...

Elle interroge sans fin son miroir qui pour toute réponse lui renvoie simplement son image...

A-t-il simplement une idée de l'empire qu'elle lui concéderait si seulement il y songeait?

Elle y laisse toute son assurance tandis qu'il semble innocent du charme qu'il promène au bout de son sourire, elle se découvre timide, ne trouve plus ses mots ou les bredouille dans un pauvre murmure...

Sa peau halée à peine ombrée d'une barbe naissante ne réussit pas à l'envieillir, elle ne peut s'empêcher d'imaginer la sienne, douce encore, trouver refuge auprès de ses printemps ardents...

Elle craint qu'il n'ait senti sa faiblesse et qu'amusé il en joue, à moins qu'attendri par tant de puérile maladresse il ne s'interroge sur la candeur de ces femmes qui ne retiennent de leur âge que celui qui sied à leurs émotions...

Elle parle d'île déserte et de paillote au soleil pour oublier qu'ici le ciel est bas et gris, il répond : "Seul,ça n'a pas vraiment de sens..." Elle sait tout ça très bien mais ne sait plus devant lui que prononcer des platitudes...

Il lui dit : "A bientôt, sûrement, je vous appelle, nous prendrons un verre ou un café..." Elle répond : "Peut-être, pourquoi pas ?..." mais pense : "Il n'appellera pas..."

Il s'en va sans se retourner alors que déjà elle supplie le hasard... Elle s'en veut de cette envie de lui, de son corps qui la trahit...

Il s'en va là où elle n'a pas sa place.

Au coin de la rue il n'aura retenu d'elle que sa quête pitoyable, il s'en moque et oublie même d'en rire puisqu'elle n'existe déjà plus...

7août/090

Comme une dentelle…

Elle nous quitte doucement, elle nous quitte à reculons...

Elle m'ouvre sa porte, son visage s'illumine  - "Ah te voilà, toi !" -

Pour cette fois encore elle m'aura reconnue...

Les joues encore rondes d'une jeunesse lointaine, le visage enroussi quoique les années n'en aient pâlit la peau à peine flétrie, le regard bleu délavé de trop de larmes à avoir dû verser...

Un sourire en forme d'excuse quand elle parle de son âge. Faut-il que Saint-Pierre ait  tant à faire pour lui avoir laissé accumuler jusqu' ici tant de printemps qui, sans pitié, deviennent des novembres de froidure...

Des yeux qui s'étonnent de tout, qui souvent encore s'émerveillent, des yeux aux aguets qui s'évadent parfois si loin de nos contrées, des yeux fatigués, des yeux près de bientôt se fermer...

Des mains toutes gantées de plissures, des mains comme une fine porcelaine veinée, des mains qui se tâchent d'indigo pour dénoncer la douleur, des mains tremblantes d'impuissance ou d'anxiété...

Une mémoire mariée depuis un moment au Passé, une mémoire infidèle qui ne flirte avec le Présent que pour aussitôt l'oublier...

Une mémoire en dentelle de  soie qui s'effiloche, une mémoire lassée d'elle-même qui préfère se réinventer...