Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

22sept/112

Dans quelques semaines mon gamin, tu seras Papa…

Comme toi je compte à rebours tous ces jours qu'il te faut encore attendre pour le prendre dans tes bras...

Avec sans doute un peu d'inquiétude tu imagines ce moment patiemment espéré où la douce Chloé t'appellera pour que très vite tu viennes la chercher pour la conduire à la Maternité...

Où que tu sois, ton cœur se mettra à battre un peu plus fort, rien ne saura te retenir de laisser en plan ce qui t'occupait urgemment l'instant d'avant, et tu partiras précipitamment vers la grande aventure de ta vie...

Quelque soit le trajet et le délai qu'il te faudra pour arriver à temps, tu frissonneras ou tu auras trop chaud, tu pâliras ou tu sentiras le rouge te monter aux joues... Tu haïras les embouteillages, et te connaissant, tu vas râler, t'énerver, klaxonner, rouler trop vite et forcément t'inquiéter de ne jamais arriver... Chloé te rappellera, te dira de ne pas t'affoler, que tu as encore du temps devant toi mais toi, bien sûr, tu ne la croiras pas...

 

Bon, attends toi à la retrouver la mine un peu défaite... Rien de grave, mais que veux-tu, quand bébé soudain se sent trop à l'étroit, il cherche la sortie et ne s'embarrasse guère de manières... Il prend son élan, pousse, tire, écarte pour faire son chemin, toutes choses parfois perturbantes et inconfortables pour celle qui neuf mois durant lui a servi de doux abri... L'ingratitude des enfants commence là...

Enfin, je passe sur les minutes ou les heures de travail  dont il vous gratifiera afin d'être, s'il est possible, davantage encore attendu et d'arriver ainsi en pays conquis...

Un dernier effort et... dans un vagissement plein de vigueur, de soulagement, de colère et de bonheur, on posera sur le ventre de sa  jeune Maman un petit gars de trois ou quatre kilos tous mouillés... ! Quelques secondes  d'apesanteur, sans lieu ni heure, comme timides ou interdits, à n'oser le toucher...  De vous trois, lequel sera le plus surpris d'être là ? Vous le trouverez beau, même s'il est tout fripé et rougeaud ! En quelques secondes d'émotions vous serez devenus parents, et toi mon grand, tu seras Papa !

Autant que tu t'y prépares : pour la tranquillité d'esprit, la sérénité, l'égoïsme, les loisirs ou les grasses mâtinées... Pour un moment, c'est fini ! En compensation, les nuits blanches, les couches à changer et le vomi sur l'oreiller... L'inquiétude dès qu'il pleure et une main sur son front brûlant...Mais si si, je te le promets, il y a aussi plein de bons côtés : le moment ou il va ouvrir ses petits yeux tous plissés, ce regard qu'on a envie de saisir pour l'éternité... Le premier sourire, qu'il fait aux anges mais qu'on prend évidemment pour soi... Cette douce chaleur blottie aux creux de tes bras, ou ce borborygme qu'on reçoit comme le plus beau des mots d'amour... Ce petit tout en sommeil au fond du berceau, cette grenouille qui gigote et qui sent l'eau de Cologne sur la table à langer... Cette toute petite main qui te cramponne du bout de ses tout petits doigts, cette confiance quand il s'élancera vers toi pour un tout premier pas, et ce tout premier "Papa" que tu n'oublieras pas...

Et toi, maintenant, que je regarderai doublement attendrie en découvrant mon fils, mon petit, tenant dans ses bras son enfant...

 

A Pierre, mon petit garçon devenu grand...

 

 

 

 

10sept/110

Lekeitio, un moment de grâce…

La chaleur lourde du Pays Basque nous avait conduit jusqu'en Espagne voisine.

Entre verdures et flots bleus, la route ourlait de gris le bord de la falaise. Partout des rochers sombres affleuraient l'eau, par là les fonds sont hauts. Quelques vagues formées par la houle berçaient l'horizon.

Nous ne savions où porter nos regards, tant la symphonie des formes, des odeurs et des couleurs rendait le paysage plaisant : les maisons aux fenêtres habillées de linge flottant au vent, les bordures herbeuses et fleuries, les eucalyptus odorants, l'air épicé de sel, tout figurait l'été...

Au détour d'un virage nous apparut Lekeitio, petit port de pêche aux barques et chalutiers multicolores, assoupi sous la canicule d' août. Là-bas, les habitants se protègent des heures chaudes à l'ombre fraîche de leurs maisons. Le soleil en éclabousse les murs d'une lumière éblouissante, quelques terrasses ombragées et désertes habillent de silence la rade, les boutiques ont baissé  leurs rideaux de fers jusqu'au soir. Seuls des touristes s'aventurent à visiter les lieux au plus fort de la chaleur d'un après-midi d'été...

De plus loin nous arrive l'écho d'une agitation incongrue, curieux, nous nous rapprochons de la place qui entoure la basilique Sainte Marie où s'est installée une fête foraine colorée et cacophonique...

Il ne nous fallut qu'un instant pour décider d'échapper au bruit en pénétrant dans l' imposante église.

Aussitôt enveloppés de la fraîcheur des pierres, dans le silence et la pénombre paisible des lieux, nous découvrons avec étonnement une architecture somptueuse, d' inspiration gothique flamande, dont la pièce maitresse est un retable polychrome et doré s'offrant à l'admiration des visiteurs. Nous ne pouvions nous détacher de ces immenses panneaux aux sculptures minutieuses et raffinées. Un tronc recueillait l'obole qui illuminerait l'œuvre pour quelques minutes de plus... Comme pour magnifier cet instant de beauté, sous la voûte s'éleva le chant d'une chorale locale en pleine répétition. Un bouquet de voix claires pour des cantiques religieux auxquelles la langue espagnole donnait une impétuosité et une rondeur magnifiques.

Protégée de l'agitation extérieure, ce bain d'harmonie aussi magique qu'inattendu me fut comme une réconciliation. Non que je me sois sentie particulièrement en conflit ou en colère auparavant... Non, rien de tout cela. Mais la simplicité et la beauté de ce moment de grâce ne pouvait que porter à l'apaisement. Tous les pardons devenaient possibles. Tout m'apparaissait plus simple que je ne le croyais. Trop souvent nos quotidiens nous font oublier la nécessité absolue de l'immobilité et du silence. Savoir parfois se poser, arrêter de s'agiter pour simplement s'assoir et regarder d'un œil neuf ce qui nous entoure... Retrouver la capacité de comprendre ce qui nous façonne, se donner du temps pour s'écouter et  se retrouver...

Et doucement nos yeux se dessillent...

11août/110

Ma puce, ma douce, ma fille…

Ma puce, ma douce, ma fille...

Si jeune encore et pourtant déjà si douloureusement blessée par le choix sans appel d'un Papa bien trop tôt disparu... Blessée, mais riche de cette infinie douleur, qui te façonne si droite, digne et pudique, à la fois si forte et si fragile... Non point orgueilleuse mais fière, convaincue, d'une rafraichissante  intransigeance, et cependant capable d'entendre ou de pardonner. Généreuse sans pourtant t'oublier, et ainsi mieux donner à ceux qui comptent vraiment.

Courageuse. Belle. Mienne.

Ma fille, ma chérie... Je vieillis... Je n'en suis contrariée que parce qu'un jour il me faudra moi aussi m'en aller, parce qu'une Maman c'est fait pour protéger, que ça s'inquiète pour tout et rien... Depuis un moment déjà, c'est toi qui prend soin de moi, c'est toi qui t'inquiète ou qui me conseille... Doucement la charge s'inverse...

Je vois les années filer et le temps rétrécir, mais je suis si heureuse d'avoir pu tant bien que mal, t'amener à bon port. Je te sais maintenant capable de traverser ta vie sans avoir besoin de prendre ma main... C'est ça, voir son enfant devenir grand...

J'ai tant de chance !... Nous nous aimons, nous partageons, nous nous comprenons... Quand j'observe parfois ailleurs tant de colère ou de conflits... Nous avons su échapper à cette horreur, ne pas nous fondre dans l'amertume ou la vengeance ! Surtout ne pas nous perdre dans la détestation de ce qui avaient pu nous meurtrir.

Nous allons bien, nous sommes sereins, disais-tu... Nous n'avons eu besoin ni de revanche ni de haine pour avancer, toi, ton frère et moi. Ils peuvent être aussi nombreux qu'ils le veulent, nous, nous sommes "NOUS TROIS".

Que pour toujours tu ne retiennes de moi, de nous, que ce regard éclairé, cet Amour inconditionnel et lumineux qui nous porte pour continuer notre chemin, côte à côte, le plus longtemps possible. Et que le moment redouté venu, tu restes la même, ma puce, ma douce, ma fille...

 

 

10août/11Off

Son bouquet…

Il est enfin arrivé, il est là, dans l'entrée, avec son bouquet... Il le tient nonchalemment du bout d'une main,derrière lui, comme ça, mine de rien,  me le donne en m'embrassant, "tiens, j'ai trouvé ça" me dit-il presqu'en bougonnant... Il est comme ça l'homme du reste de ma vie, il n'est pas trop à l'aise avec les déclarations, alors, ses mots d'amour il les garde bien au chaud dans son coeur, mais à moi, il me suffit d'un regard pour les lire et me sentir rassurée...  L'autre soir, il avait mis tous ses "je t'aime" dans un bouquet. Un énorme bouquet de roses bigarrées, comme celles qui s'appuyaient sur le mur du jardin de ma grand-mère : de magnifiques fleurs aux pétales fermes et ourlés d'un trait de couleur plus foncé. Elles sentaient bon la douceur des soirs d'été, depuis quelques jours, toutes baignées dans l'eau claire d'un vase, elles n'en finissent pas de s'ouvrir et de me livrer de doux secrets...

Ce que nous partageons tous deux en porte les couleurs et la fragance, je voudrais tant savoir lui dire combien ses fleurs me font plaisir, curieusement, moi si prolixe,  parfois tant de bonheur me laisse muette, je regarde ses fleurs et je ne sais plus quoi dire, tant les mots me semblent chiches à traduire mon ravissement...

 

A JC

27juil/110

C’est pas grave, mais ça m’agace !…

Le sourire Colgate de ce garçon stationné devant mon portail qui ne transforme cependant pas ma voiture en hélicoptère et m'empêche de sortir de chez moi !...

La nouille qui laisse le feu passer trois fois au rouge avant d'enclencher sa première pour me laisser une chance d'arriver à l'heure à la gare !

La cliente qui raconte sa vie à la caissière quand j'attends mon tour pour payer mes achats et terminer tout ce que je dois encore faire avant d'aller travailler...

Alors, forcément aussi, le retraité qui squatte les guichets aux heures de pointe, ou qui me bouscule pour s'y présenter avant moi...

Tous les aigris qui voudraient bien me rendre neurasthénique.

Les gens débordés qui se noient dans un verre d'eau,  ceux qui prennent tout leur temps et accessoirement le mien !...

Toutes les filles qui louchent sur mon chéri, des chipies et des mijaurées !

Tous les garçons qui se croient irrésistibles et mettent des plombes à comprendre qu'ils n'ont aucune chance...

Les gens qui vous assènent de façon péremptoire leur façon de voir les choses, ceux qui vous donnent leur avis sans qu'on le leur ai jamais demandé !

Tous ceux qui ne savent pas parler sans crier, les indécis et les mal lunés !

Ceux qui sont de mauvaise volonté, les menteurs, les lâches, ceux qui font les malins, les hableurs et les dégonflés...

Les feignant(e)s qui m'assurent que leur rendre service ne me prendra qu'une minute,

Les chorales qui chantent faux, le télé-achat, le courriers qui ne me sont pas destinés, les prospectus qui encombrent ma boîte à lettres...

Les gens qui sont toujours au courant de tout, les curieux, les jaloux et les médisants !

Les gamins mal élevés, mais surtout leurs parents qui ne font rien pour qu'un jour ça s'arrange...

Voilà, vous aurez bien compris que la patience n'est pas mon point fort, et je comprendrais bien sûr que vous en soyez vous-mêmes agacés... Mais alors, si vous commencez à me demander pourquoi je suis comme ça... Alors là, ça y est, me voilà encore contrariée !...