Petit Stroumph…
Vendredi 22 Avril 2011...
Quand ils sont arrivés très tard ce soir d'avril, les heures de route avaient compté double tant ils étaient impatients de me révéler leur doux secret...
A peine étaient-ils entrés qu'ils me tendaient un tout petit paquet... Dans un minuscule oeuf de Pâques rempli de paille dormait un bébé stroumph tout enrubanné...
Dénouant délicatement le ruban qui enlaçait le bébé bleu, quelques mots de satin s'emparèrent de mon coeur pour m'annoncer leur tendre projet : un petit bout de rien du tout s'annonce pour la fin du mois de Novembre...
Un petit poupon qui, sans vergogne va faire de moi une Grand-maman ! Mais le plus étonnant dans cette nouvelle aventure, c'est que ce soit maintenant au tour de mes enfants de devenir parents !... Ca alors, ça me chamboule ! Mon "petit garçon" responsable à jamais d'une vie ! ... J'ai passé le relais, sa douce Chloé en a fait un homme et bientôt un "papa"... Les années s'écoulent sans qu'on y prenne garde, me voici à l'automne de ma vie, riche d'un vécu qui me laisse forte, résistante, parce que consciente de la fragilité de nos existences.
Ce bébé qui doucement arrondit le ventre de sa jeune maman, ce bébé que j'aime tant déjà, ce bébé, moi aussi je l'attends... Ce petit enfançon, qu'il soit fille ou garçon, remplit mes jours d'avenir et me donne une impétueuse envie de vivre ! Merci mes enfants chéris, grâce à ce petit poupon, grâce à vous qui m'inventez une tendre famille, je n'ai plus peur de vieillir !...
A Chloé et Pierre, mes enfants...
J’aurais aimé…
J'aurais aimé t'offrir ma jeunesse, la fraîcheur de ma peau dorée après les mois d'été, mes innocences et mes ignorances... J'aurais choisi une robe de lin blanc pour t'épouser dans une petite chapelle perdue au milieu des champs... J'aurais voulu qu'avec l'insouciance nous soit très vite venu un enfant... J'aurais rêvé qu'on s'installe dans une grande maison qu'on aurait habillée de bonheur et d'éclats de rire... Nous l'aurions meublée de projets et remplie de jolis souvenirs...
La vie a eut pour nous d'autres desseins... Il nous aura fallut des années et bien des chagrins pour qu'enfin elle fasse se croiser nos chemins... Sans rien renier du passé qui nous a façonné, sans regretter nos premiers émois, nos amours ou nos désillusions, voilà qu'à nouveau nous nous inventons un tendre et même avenir. Comme à vingt ans rien ne nous semble impossible... Comme à vingt ans nos coeurs battent la chamade et nos corps se conjuguent... Si l'âge, sans doute, laisse sur nos visages la trace de son passage, si au fil du temps il n'a pas cessé d'y dessiner notre histoire, il n'a pas oublié non plus d'y laisser l'empreinte de nos rêves les plus fous, ni celle, radieuse, d'y croire à nouveau.
Les automnes ne sont pas moins ardents, regardez comme en Septembre la nature flamboie ! Ne souriez pas jeunes gens, il vous apparaitra un jour, à vous aussi, combien l'Amour a le pouvoir de relever les plus las, d'alléger les tristesses, d'illuminer certains crépuscules...
A tous ceux qui s'aiment, pour un jour, un an ou une vie... Pour ceux qui trébuchent, se relèvent et recommencent...
Endaïa…
Des années...
Que la maison somnole sous l'Embata...
Meublée sans élégance d'un mobilier disparate, volets baissés sur des fenêtres aux rideaux défraîchis.
A peine un habitant provisoire tourne t'il la clef dans la serrure en refermant la porte derrière lui qu'aussitôt s'installe une fraîcheur humide qui lentement deviendra hivernale même sous la canicule basque...
Les crémones des fenêtres rechignent à pivoter, les châssis en bois tout courbatus s'ouvrent péniblement, les persiennes s'écartent enfin en grinçant. La douceur de Mai s'engouffre aussitôt dans la place tandis qu'un vantail se rabat sous le vent chaud, la maison cligne des yeux...
Le robinet en gouttant a laissé sur l'évier une trace cuivrée, les casseroles s'ennuient depuis des lustres à leurs crochets, la cuisine laisse trainer partout une odeur de renfermé...
Les voilages se soulèvent en dansant sous le courant d'air, la maison respire à plein poumons et s'éveille au printemps. Le balcon nous promet la plage et l'horizon n'est bientôt plus que ciel et mer. Les valises qu'on monte dans les chambres aux papiers peints fleuris, les paniers qu'on pose dans la véranda, les pulls qu'on jette sur le canapé... La maison lentement s'apprivoise...
Des années que je n'en n'avais pas franchi le seuil... L'émotion et les souvenirs me submergent... Je savais bien que revenir ne serait pas facile... Où donc êtes-vous passés ? Je ne vous trouve nulle part ou bien je vous vois partout... A quoi bon vous appeler, seul le silence me répondra... Amédée... Une photo sur le buffet, sur l'étagère là-haut ton béret, une makila oubliée... En bas de la rue, une tombe sur toi refermée... Et loin, très loin des Pyrénées, de la Rhune et de l'océan, Andrée, à jamais égarée sur les cendres de son existence, trottinant dans les couloirs d'une maison de vieillesses sans souvenirs, heureuse d'un présent qui n'a plus de mémoire...
Je déambule de pièces en souvenances, l'ombre nostalgique du passé le dispute à la lumière radieuse du présent, la maison m'enlace et me console d'une senteur familière, je suis presque chez moi, comme rentrée d'un trop long voyage...
Tendrement pour Amédée et Marraine. (1er Mai - 07 Mai 2011)
La Chapelle… (Notre-Dame du Haut à Ronchamp)
Le Corbusier la dessina entre ciel et coteau, loin de l'eau et pourtant telle une Arche d'aujourd'hui, entre Lorraine et Franche-Comté.
La fraîcheur et le silence du lieu bravent la chaleur et l'effervescence extérieure de cet après-midi d'avril.
Le porche à peine franchi nous adoptons la démarche lente et feutrée des clarisses en procession pour Vêpres. A peine se glissent t'elles comme des ombres dans les rangées de bancs de bois clair, qu'aussitôt s'élèvent sous la voûte leurs voix claires et nasillardes. De prières en chants liturgiques c'est à peine si nous osons nous aventurer dans la pénombre de la chapelle.
L'architecture se veut sobre, dépouillée de tout artifice.
Seule la clarté sculpte l'espace.
Trois puits de lumière se disputent l'ouvrage. Trois oratoires d'ocre, de sable ou de carmin qui invitent au recueillement.
Ici, ni nef ni transept.
Le bâtisseur voulut une enceinte toute en rondeurs, aux murs percés ça et là de "hublots" aux vitraux colorés que le soleil embrase selon l'heure et la saison. Si quelquefois sa lumière enlace l'autel aux heures de prière, les moniales veulent y voir la Présence divine qui leur fit un jour préférer la robe de bure plutôt que d'apparat... Nous autres, mécréants, n'y trouvons qu'un rayon bienvenu pour adoucir l'austérité glacée du sanctuaire...
La voussure résonne de la monotonie des psalmodies tandis que le vertige me saisit devant toutes ces vies agenouillées devant un dieu que je ne parviens pas à imaginer, que pourtant elles ont épousé et nomment Providence... De mes souvenirs de pensionnat au couvent des Oiseaux je ne retiens que l'angoisse qui m'étreignait dès que Mère Marie Bénédicte me demandait d'être attentive à la "voix du Seigneur" à son possible appel à rejoindre plus tard leur Communauté pour lui consacrer mon existence... A cette simple évocation, la gamine que j'étais ne distinguait avec effroi qu' une possible réclusion à vie entre messes et clôture. Je m'épuisais alors à le supplier de ne pas m'appeler... Et si mes voeux impies furent exaucés, je leur envie parfois la sérénité imperturbable qui habille chacun de leurs sourires... Chez elles tout semble paisible...
La paix !…
Je me fous de ce que vous allez en penser !
Je n'en peux plus de souffrir, je n'en peux plus d'aller si mal...
A quoi bon vous expliquer, aucun mot ne pourrait correctement traduire l' angoisse qui m'oppresse du matin au soir...
Je n'ai de répit que dans le sommeil que me procure les médicaments... Mais il m'en faudrait prendre bien plus encore pour ne pas faire tous ces cauchemars...
Ne vous faites aucun reproche, je n'en veux plus à personne... Et d'ailleurs, personne n'est responsable... Tout est devenu trop compliqué pour moi... Ce que je laisse derrière moi m'est bien égal... Je m'en fous de ce qu'il adviendra de ceux qui me survivront...
Ne cherchez donc pas à tout expliquer ! Tout ne s'explique pas... Mais tout se ressent, et si vous pouviez simplement être à ma place quelques instants seulement... Vous ne poseriez plus de questions !
Ne vous croyez pas obligés de me convaincre de tenir bon, je n'en ai plus l'envie, et surtout plus celle de me battre contre mes démons, vous ne savez rien de mes hantises et de mes supplices...
Laissez moi faire le seul choix qui me délivrerait de ma souffrance... Cessez de me soupçonner d'exercer sur vous un quelconque chantage... Je n'ai plus de force et vous me fatiguez davantage...
D'ailleurs allez-vous en ! Je ne veux plus que vous rodiez sans arrêt à surveiller mon armoire pharmacie, à compter mes bouteilles et mes somnifères... Je sais très bien ce que je fais, et pour quelles raisons je le fais !
Foutez moi la paix !
Vous aurez tout loisir d'en parler quand je ne serai plus là pour vous contredire ! Et vous embrasserez enfin la carrière contrariée de psychologue ou de psychiatre qui vous a tant manqué...
Vous reinventerez un monde qui n'a jamais existé et pour lequel, de toutes façons, je ne suis pas fait !
Foutez-moi la paix !

