Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

8juil/110

Rouler la nuit…

J'aime bien rouler la nuit.

Quand la campagne met son masque sombre, je ne vois plus qu'un ruban d'asphalte balayé quelques secondes par les phares des voitures qui me croisent, et par ceux de celles qui, me dépassant, éclairent un instant le paysage environnant.

Je roule sans davantage de repère qu'un panneau m'indiquant une distance ou le nom d'un village. La radio me tient compagnie. Dans la nuit, si l'espace rétrécit, le temps, lui, semble prendre de l'ampleur. Des musiques venues d'époques révolues me remettent en mémoire des souvenirs précis, les années passées semblent s'être accumulées si discrètement qu'un vertige me prend en y réfléchissant...

Je suis en apesanteur au-dessus de ma vie, le moment est suspendu, il n'est plus question de chronologie. Je peux en un éclair remonter des années en arrière, revenir au présent, ou partir loin devant...

La voiture traverse la nuit, la vitre entr'ouverte rafraîchit l'habitacle, le moteur ronronne et berce mon voyage. Des maisons somnolent déjà tandis que d'autres veillent encore. Dans le noir alentour, des fenêtres éclairées me livrent leurs secrets... Le temps d'apercevoir l'éclairage blafard d'une cuisine ou une silhouette qui se glisse dans le halo métallique d'un téléviseur, la couleur de chaque lumière me dit une ambiance, me raconte une bribe de l'histoire de ceux qu'elles me révèlent...

Au cœur de la nuit mon passé reprend vie et bien des projets rendent plaisant mon avenir.

J'aime bien rouler la nuit...

 

 

 

12mai/110

Endaïa…

Des années...

Que la maison somnole sous l'Embata...

Meublée sans élégance d'un mobilier disparate, volets baissés sur des fenêtres aux rideaux défraîchis.

A peine un habitant provisoire tourne t'il la clef dans la serrure en refermant la porte derrière lui qu'aussitôt s'installe une fraîcheur humide qui lentement deviendra hivernale même sous la canicule basque...

Les crémones des fenêtres  rechignent à pivoter, les châssis en bois tout courbatus s'ouvrent péniblement, les persiennes s'écartent enfin en grinçant. La douceur de Mai s'engouffre aussitôt dans la place tandis qu'un vantail se rabat sous le vent chaud, la maison cligne des yeux...

Le robinet en gouttant a laissé sur l'évier une trace cuivrée, les casseroles s'ennuient depuis des lustres à leurs crochets, la cuisine  laisse trainer partout une odeur de renfermé...

Les voilages se soulèvent en dansant sous le courant d'air, la maison respire à plein poumons et s'éveille au printemps. Le balcon nous promet la plage et l'horizon n'est bientôt plus que ciel et mer. Les valises qu'on monte dans les chambres aux papiers peints fleuris, les paniers qu'on pose dans la véranda, les pulls qu'on jette sur le canapé... La maison lentement s'apprivoise...

Des années que je n'en n'avais pas franchi le seuil... L'émotion et les souvenirs me submergent... Je savais bien que revenir ne serait pas facile... Où donc êtes-vous passés ? Je ne vous trouve nulle part ou bien je vous vois partout... A quoi bon vous appeler, seul le silence me répondra... Amédée... Une photo sur le buffet, sur l'étagère là-haut ton béret, une makila oubliée... En bas de la rue, une tombe sur toi refermée... Et loin, très loin des Pyrénées, de la Rhune et de l'océan, Andrée, à jamais égarée sur les cendres de son existence, trottinant dans les couloirs d'une maison de vieillesses sans souvenirs, heureuse d'un présent qui n'a plus de mémoire...

Je déambule de pièces en souvenances, l'ombre nostalgique du passé le dispute à la lumière radieuse du présent, la maison m'enlace et me console d'une senteur familière, je suis presque chez moi, comme rentrée d'un trop long voyage...

Tendrement pour Amédée et Marraine. (1er Mai - 07 Mai 2011)

14juil/100

Désormais seul…

Il n'est qu'un sourire qui puisse aussi bien cacher un grand désespoir...

Elle est morte dans ses bras, et là, voyez-vous,  le temps n'a plus d'importance, elle est morte comprenez-vous ?

Il est encombré de mots qui se bousculent pour traduire son chagrin... Ils se déversent comme mille douleurs d'une boite de Pandore qui n'en retient qu'un qui tarde parfois à se faire entendre et qui se nomme Espérance...Il ne cesse de nous dire qu'il va s'en sortir, mais nous en sommes déjà certains, ce n'est que lui qu'il cherche encore à convaincre...Il ne veut désormais plus s'attacher qu'aux choses essentielles... On n'échappe pas à cette évidence quand la mort nous frôle... On se découvre alors si futiles...

Il nous semble alors que rien n'a autant d'importance qu'un partage véritable. Les ressentis s'épurent, échappent à la turpitude dont l'humanité trop souvent s'accable, et l'on se prend à imaginer qu'un si grand malheur puisse changer le monde ... On découvre en soi des trésors d'empathie, des envies de bonheur, une horloge qui s'emballe et crie à l'urgence de ne plus gaspiller son temps...

Il parle d'Elle, qui  n'est jamais si vivante que lorsqu'il évoque leurs chamailles, la pudeur seule l'empêche de nommer leurs derniers émois, mais il les suggère comme un dernier hommage au couple qu'ils formaient...

Il parle d'Elle comme si mot après mot il allait réussir à effacer l'empreinte d'un destin et réécrire leur histoire comme il aurait aimé qu'elle fut... Mais le sablier n'en a cure et se vide d'une âme de plus.

Il parle parle et parle encore pour enfin s'interrompre et écouter le silence lui répondre, c'est un vide abyssal, un vertige abominable, une évidence cruelle, elle est morte entendez-vous, et elle était sa femme...

A Bernard et Brigitte...

7mai/100

Les mariés de Portivy…

Le café du petit port somnole au soleil d'une moitié d'avril. La chaleur nous laisse silencieux et nonchalants, cherchant quelque fraîcheur au fond d'un verre de menthe à l'eau. Posées sur la table trois ou quatre cartes postales s'interrogent encore sur leur destination et quémandent un peu d'imagination...

La marée basse laisse les bateaux gités sur le sable gras, des paquets d'algues aux vessies noires finissent d'y sécher tandis que les goélands se disputent quelque providentielle pêche aux relents douteux...

Quand un brouhaha fait son chemin jusqu'à notre terrasse... Des enfants courent jusqu'aux tables d' à côté, s'emparent de l'espace à force de rires et de tapage, bientôt nous voici entourés d'une famille endimanchée ! On nous prie de céder deux chaises où nous avions posé nos sacs et nos gilets, on nous fait les yeux doux pour se faire pardonner d'accaparer ce bout d'après-midi qui,  jusqu'ici n'était que silence et douceur...

Enfin s'approchent les mariés... Un bouquet de jeunesse à l'orée d'un projet, elle, toute de grège vêtue, un petit paletot rose vif posé sur les épaules, la chevelure blonde libre de danser autour d'un visage d'où l'enfance n'a pas encore complètement disparu. Lui, déguisé d'un costume foncé, presque trop grand pour lui, comme si l'on espérait encore qu'il puisse grandir ! Ils se tiennent par la main, timides et empruntés, et sont accueillis par un chahut de tendresse et d'amitié. Une jeune fille tout en volants et dentelles apporte à la future épousée son bouquet de mariée : quelques églantines et marguerites blanches mélangées de fougères, enrubannées de tulle et de satin...

La tablée trop émue à l'heure de les accompagner à l'église préfère en plaisanter : "Eh, garçon, il est encore temps de dire non !" Blagues, bons mots, plaisanteries convenues, éclats de rire, on ne s'entend plus parler...

Des consommations leurs ont été enfin servies, et déjà un sirop d'orgeat s'est renversé ! On se presse d'aller rincer les éclaboussures sous le robinet... On s'extasie sur les risettes d'un bébé, qui, profitant de l'aubaine réclame davantage encore d'attention ! On le met debout sur la table et on s'amuse de le voir agiter ses petits pieds autour des verres déjà presque vides.

Une envolée de cloches se met à carillonner, l'heure est arrivée de rejoindre l'abbé. Tous se lèvent vivement en repoussant les chaises dans une cacophonie de métal et de bois traînés sur le ciment. 

Nous les regardons s'éloigner sous le soleil, qui sait de quoi leur avenir sera fait ? Mais il me plaît de rêver qu'ils sauront mieux que d'autres se garder d'oublier pourquoi aujourd'hui ils ont tant envie de s'unir pour le restant de leur vie !...

28avr/100

Dire la Bretagne…

Aussitôt me vient l'idée de l'océan.

L'océan qui habille les côtes de vent et d'embruns, qui se pare de toutes les couleurs du jour ou de la lune, l'océan de silence ou de vacarme , qui, même au plus calme de ses heures dégage cette invincible  puissance...

Une eau dont les pigments se marient à  l'humeur des nuages,  des flots qui se cabrent et crachent leur colère si le soleil se cache...

Le soir souvent s'en emparant le farde d'une poudre de nacre, tandis qu'inéluctablement l'astre flamboyant y trempe ses rayons. Bientôt il s'y noit tout entier laissant la marée inexorable onduler sans répit...

Eau profonde armée de patience, qui fait du plus âpre rocher le plus doux des cailloux, qui flotte le bois et sculpte le continent...

Naviguant au large portés par l'abysse, voiliers ou chalutiers, navires ou bâtiments militaires, aucun n'échappe au vertige de l'onde sombre. Ballotés comme fétus ils savent leur précarité, la houle les berce ou les massacre...

Au bord de la plage, tels ces grains de sables qui jadis furent brisants et n'ont pas resisté, nous apprenons l'humilité...

Ivres d'espace et de vent salé, insatiables de ce silence bruyant et du fracas des vagues, nous nous sentons vivants !