Wadi Rum…

Les dunes immaculées rougissent sous la chape brûlante que le soleil laisse s’effondrer sur le désert… Le vent s’alliant à la lumière de ce matin d’avril a lissé d’un vernis scintillant les pentes sableuses, il semblerait presque sacrilège d’y poser l’empreinte de nos pas, d’autant que chacun d’eux s’enfonce candide pour s’en extraire lourd des grains qui partout s’infiltrent sans vergogne entre œillets et lacets… Rien ne peut empêcher nos souliers de s’emplir de l’arène fine qui rend nos démarches intrusives et pataudes…

Nous autres touristes ne savons rien ou si peu de ces espaces qu’on imaginerait infinis tant l’horizon se répète à l’envie, le désert s’offre à nos regards incrédules : plat ou vallonné, éblouissant sous la canicule, parfois sans la moindre aspérité tant la lumière tasse le plus petit relief…

Puis au creux d’une crête mouvante, voici que surgissent quelque escarpement surprenant, la Nature en a soudainement décidé autrement, préférant sculpter le grès moelleux plutôt que le réduire en poussière… Des arches aux courbes harmonieuses, que des siècles durant, l’eau ou le vent s’amusèrent à modeler selon la tendreté des sédiments, jouent avec toute une palette de pigments diaprés… La faille longitudinale de la mer Morte en fut la première artisane, bousculant les blocs de granit et de roches métamorphiques, que les plaques tectoniques dressèrent d’abord en discordance avant de les plisser harmonieusement. Lawrence d’Arabie, bien plus tard tomba sous le charme envoutant de ce désert aux pitons à l’imposante majesté d’ocre rouge, que les bédouins surnommèrent les « Sept Piliers de la Sagesse »…

Plus loin, des falaises anthracites ont gardé les cicatrices de griffures que laissèrent pour mémoire les Thamudéens. Pantins désarticulés à l’allure de graffitis enfantins, pétroglyphes d’incantations aux dieux ou évaluations pastorales ou agricoles…

Wadi Rum où paissent toujours les troupeaux clairsemés des placides dromadaires, Wadi Rum de poussière incandescente, qui nous basane et aurait tôt fait de nous réduire en cendres si nous nous imposions trop longtemps, nous condamnant à nous fondre dans les dunes comme d’autres milliards de milliards de grains ambrés dans cet erg de brasier ardent…

Le désert, quand on n’y est pas condamné,  me semble propice à l’authenticité. On s’y débarrasse du superflu. Pour peu qu’on s’autorise à oublier le tourbillon auquel nous vouent nos vies occidentales, le silence des pierres nous propose tout ce que le grouillement de la civilisation occulte : une clairvoyance, une réflexion, une véritable rencontre avec soi-même. On n’y trouve que ce que nous sommes réellement, et si ça n’était que cela, ce serait déjà une prodigieuse richesse…

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