Sauvageonne de papier…

C’est arrivé un dimanche après-midi pluvieux, un de ceux où ayant épuisé tout ce qui était susceptible d’occuper cette journée « grisouille », j’ai eu l’envie de relire un livre dont on m’avait parlé quelques jours auparavant… Il y avait belle lurette que je n’avais pas mis le nez dans ma bibliothèque si ce n’est pour y grappiller un ouvrage reposé plus tard au hasard des étagères. Au fil des mois, voire des années, les bouquins s’empilaient dans une harmonie brouillonne mais toutefois esthétique, romans, poésies, essais divers se serraient sur les rayonnages dans un mélange parfois déconcertant…

J’ai attrapé le premier à portée de main, aperçu un autre tapi derrière la première rangée, j’ai souri en redécouvrant un titre, puis deux, me suis amusée à feuilleter quelques pages à la volée, une bonne demi-heure plus tard je lisais toujours… J’ai cherché le souvenir d’une histoire, vidé la moitié de l’armoire sans la retrouver mais en mettant la main sur une autre de mes préférées, et voilà qu’une heure après… j’y étais toujours…

De fil en aiguilles, ou de recueil en reliures devrais-je dire, j’ai les ai tous retrouvé ainsi que de vieux amis un peu perdus de vue, qui m’ont évoqué bien des souvenirs, des enthousiasmes, des étonnements, des coups de cœur, des ravissements et quelquefois des déceptions aussi… Mais comme avec ces amis d’enfance qu’on retrouve avec bonheur, qu’on comprend a demi-mot et pour qui les années n’ont pas le même poids, j’ai « reconnu » mes livres et revécu grâce à eux toutes ces années où je les ai côtoyé quotidiennement sans toujours ni les voir ni prendre le temps d’une conversation…

Quelle richesse, quel foisonnement d’idées, quelle profusion de partages, quelle douce chaleur s’échappe de toute cette littérature… Toutes les bibliothèques ne racontent pas la même histoire, il en existe de violentes, aux ouvrages guerriers, d’autres hantées par d’effrayants récits, il y a en de fantastiques, peuplées d’êtres improbables, celles très sérieuses, aux étagères qui plient sous le poids de l’Histoire… Chacune d’entre elle est un peu l’âme de son propriétaire…

Rien que feuilleter un ouvrage donne du plaisir, j’aime caresser le papier, en effleurer le grain, les beaux livres ont cet avantage, les toucher procure une émotion supplémentaire, comme le papier de chiffon, qui en garde encore la trace dans sa souplesse et dans sa couleur grège et leur donne une forme de  noblesse…

J’ai, presque à regret, remis un peu d’ordre dans ma bibliothèque, voici qu’elle a pris des manières disciplinées, et une allure plus ordonnée… Du coup, je la trouve presque trop bien rangée, elle y a perdu cette dégaine de sauvageonne et son désordre élégant… Mais je crois bien que d’ici peu elle ne retrouve son air de pétaudière sympathique, car je vais de ce pas aller y chercher mon bonheur, et l’ayant trouvé, je me garderai bien de ne jamais ni le ranger, encore moins de l’enfermer !!!

 

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