Mot à  Mo J'aime les mots et écrire, même maladroitement

17fév/102

Transparents…

Ils marchent vite, le dos légèrement vouté. Ils vont leur chemin en évitant de vous voir. Ils voudraient n'être que des ombres glissant sur le trottoir, se faire encore plus discrets pour mieux progresser.

Leurs silhouettes grises n'attirent pas les regards. Se fondre dans la masse, ne s'opposer à rien, du moins jamais de front, et devenir transparents...

Que croyez-vous qu'ils n'aient pas tenté ?... Se rebeller ? Exiger ? Une tentation de jeunesse à laquelle ils n'ont plus jamais cédé dès qu'un peu trop de zèle leur a fait mordre la poussière...

Ils ne s'attardent pas, réfléchissent en silence... Leurs mensonges d'omission sont élevés au rang de talent,  convaincus qu'ils sont qu'il n'y a pas d'autres moyens de durer que se taire et mettre le poing dans sa poche.

Ils ont compris une fois pour toutes que chacun doit rester à sa place, que leur nombre  fait leur force et qu'ainsi ils échapperont à bien pire. La difficulté leur a appris à ne rien manifester et à ne rien contester ostensiblement. De guerre lasse ils s'en vont d'un pas urgent sur les coursives de la banalité ou courent s'abriter sous les remparts de l' anonymat...

Ils passent ainsi toute une vie tels des souris, et c'est pour eux la même victoire que pour d'autres d'avoir réussi un  parcours glorieux... A petits pas ils grignotent de petits avantages que vous n'auriez pas eu même l'idée d'espérer, le privilège ôte l'envie de s'ingénier...

7fév/100

Rosemary…

Dimanche 07 février 2010.

Il est un peu plus de midi. Le ciel est aussi lourd que je le suis d'un chagrin de plus.

Le cimetière est aussi désert qu'il puisse l'être à cette heure d'un dimanche de février. Des maisons alentours ne parvient aucune résonnance. Les façades ici semblent avoir pris le deuil pour toujours. La neige l'aurait allégé de cette lassitude brumeuse et humide, mais elle a fondu en larmes qui mêlées aux nôtres laissent les allées de graviers creusées de ravines et de flaques d'eau grises.

Qui n'en connaîtrait pas le chemin le trouverait aisément en ramassant les pétales de fleurs qui jonchent le passage où il y a seulement quelques heures les plus proches des tiens t'accompagnaient silencieux et accablés jusqu'à la tombe familiale.

Ce matin, une cascade de fraicheur recouvre pudiquement la pierre. On ne peut plus lire les noms de ceux qui reposent avant toi sous la lourde dalle tant les bouquets et les gerbes se bousculent dans un pastel de glaïeuls, de gerbéras, de roses et de tulipes mêlées de verdures sensées resister plus longtemps à la froidure. N'émerge de cette brassée flamboyante qu'un prénom aux dorures délavées, celui de ton gamin foudroyé auquel tu n'auras survécu que parce qu'il le fallait bien, jusqu'à ce qu'épuisée de t'en convaincre, tu ne préfères le rejoindre...

J'ai eu peine à m'endormir hier soir, imaginant la nuit envelopper ta tombe de sa mantille noire. Malheureuse de ne savoir t'éviter cette définitive solitude, privée de la lumière des jours, de la blancheur des lunes et de nos quatre saisons. Pas un arbre, pas un buisson où quelque moineau courageux pourrait venir se percher à meilleure embellie... J'ai peine à te savoir immobile à jamais sous cette pesanteur, toi à la blondeur si fragile...

Ce cimetière sans âme qu'un souffle puissant balaye comme pour en chasser la pauvre chaleur que nous tentons de te conserver...

Je ne participe pas à la gabegie de phrases de circonstance, je ne sais si la mort soulage les uns d'une vie que la souffrance rend intolérable, les autres de l'impuisssance qu'ils éprouvent à ne pas avoir réussi à vous la rendre à nouveau supportable...

Je ne sais si tu es mieux sous ce masque de cire dont le dernier soupir accable, je ne sais rien qui puisse m'apaiser, je ne veux surtout rien pour toi de ces banalités faites pour rassurer ceux qui restent, je leurs préfère mes souvenirs et le silence, la retraite et l'intimité de mon chagrin.

Il me faudra du temps...

Je voudrais pour toi des mots légers qui rendraient ton départ moins insupportable, mais s'ils existent ils ne viendront que plus tard, quand j'aurai pris la détestable habitude de ne plus espérer t'apercevoir au coin d'une rue, quand je comprendrai réellement pourquoi tu es aux abonnées absentes et que j'aurai le courage d'admettre qu'une part de moi t'a manqué...

Je ne garde pour ce soir que la fine pluie qui perle tes bouquets, que le ciel assorti à la couleur de ma peine, que la lourdeur de cette sépulture qui ne te ressemble pas, je ne retiens ce soir que la lenteur de ton premier jour à l'ombre de ta vie...