Quand vient le soir…
J'aime bien quand vient le soir.
J'aime bien ces heures où tout s'apaise, où la terre nous rend au centuple ce que le matin lui a donné, quand elle s'épanche de tous les parfums qu'elle a respiré pendant la journée.
J'aime l'odeur de l'herbe quand la pluie l'a mouillée, j'aime celle du foin fraîchement coupé qui va doucement sécher à l'ombre de la lune.
J'aime ce que les oiseaux nous disent quand la lumière s'épuise, leur sérénade comme un prélude à notre nuit...
J'aime les nuages qui lentement obscurcissent le ciel et en limite le contour. J'aime ce silence forgé de mille sonorités...
Un volet descend dans un battement de bois et de ferraille, quelques enfants s'amusent encore, martèlent l'asphalte et s'égosillent en se poursuivant. Un chien plus loin aboie, une porte se ferme dans un cliquetis rassurant...
J'aime le tumulte de l'eau qui remplit l'arrosoir, la fraîcheur qui tombe sur les fleurs, j'aime le craquement d'une branche jetée dans le feu qui crépite à côté, j'aime les volutes de fumée qui posent un voile sur le peu de lumière rescapée, j'aime les heures tardives sonnées au clocher...
J'aime bien quand vient le soir et qu'il rend à chaque bruit sa véritable histoire, j'aime être enfin à l'abri du tintamarre, j'aime m'appuyer sur le muret de ma terrasse et regarder les feuilles bruisser sous le zéphyr, les fleurs reprendre vie sous la rosée, j'aime ces couleurs qui virent et se mêlent de gris...
J'aime bien quand vient la nuit... Quand l'obscurité s'empare du paysage et en gomme les laideurs, quand l'ombre disparaît au profit de l'harmonie. Ne reste plus qu'une sombre douceur qui s'en vient habiller le jour de son costume de nuit...
La petite araignée
Je viens d'écraser une araignée !
Elle ne m'avait rien fait, elle s'était juste échappée de mon bouquet...
J'avais cueilli quelques branches de mon lilas blanc, et tandis que je les posais dans un grand vase rempli d'eau claire, elle a tissé un fil pour quitter les bourgeons et descendre jusqu'au parquet. Elle agitait ses fines pattes de tous les côtés pour courir plus vite et se cacher entre deux lattes du plancher.
Mais non…
Mais non, rassures toi, je ne t'aime pas...
Pourquoi ? J'ai dit ça, moi ?
Mais non, bien sûr que non...
T'aimer ? Quelle drôle d'idée ! Je n'y avais même pas pensé !
T'aimer, non, non, vraiment, ma langue a dû fourcher !
Mes baisers ? Ah oui... Je t'ai embrassé, oui, mais c'est juste parce que tu voulais... Et puis, c'est toi qui a commencé ! Et puis s'embrasser, ça n'est pas s'aimer ! Non, pas s'embrasser...

